• Tragique méprise à l’ail des ours à Bex, Suisse

    Tragique méprise à l’ail des ours à Bex, Suisse

    Un couple a récolté et consommé des feuilles où se mêlait du colchique. Empoisonnée, la femme a survécu par miracle.

    Si on ne se méfie pas, les feuilles se ressemblent un peu. Celle de l’ail des ours est verte, souple, fine, différenciée de sa tige, elle est très parfumée. Celle du colchique est verte aussi, moins souple, voire un peu raide, et surtout son extrémité est légèrement recroquevillée comme un petit capuchon, elle n’a pas de tige et garde la même largeur jusqu’au sol. Elle est inodore, mais, attention, quand on récolte de l’ail des ours, les autres odeurs sont étouffées!

    Pascal, comme beaucoup de monde, ne connaissait pas ces nuances vitales lorsqu’il est allé, à la demande de son épouse Marie-Laure, cueillir de l’ail des ours derrière leur maison de Bex, le 2 mars dernier. Il en a ramené une poignée, Marie-Laure en a fait tout de suite un jus dans un verre. Elle est une habituée des jus de légumes et de fruits frais, des produits naturels bons pour la santé. Pascal en a bu une demi-gorgée. Il n’a pas apprécié. Marie-Laure a fini la boisson. Il était 9 heures du matin.

    Avant midi, nausées et vomissements pour tous les deux. Le problème, c’est qu’ils ont mangé, la veille, des plats préparés, et qu’ils pensent à une simple intoxication alimentaire. Ils sont malades toute la nuit. Marie-Laure de plus en plus. Elle ne peut rien boire, tout repart immédiatement.

    «Je vais mourir»

    Le lundi matin, après une nuit difficile, elle ne peut se lever, et prononce cette phrase que Pascal n’oublie pas: «Je vais mourir.» Il appelle l’ambulance, ils sont tous deux emmenés à l’hôpital de Monthey (VS). Pascal y reste la journée et, bien réhydraté, il en sort dans l’après-midi. Pour Marie-Laure, c’est le cauchemar. Ses fonctions vitales sont touchées.

    Mercredi matin, elle est transférée aux urgences du CHUV pour une prise en charge spécialisée. Son état se dégrade encore durant la journée d’attente aux urgences, où on refait des analyses avec appel à divers spécialistes. Et pas mal d’interrogations sur les symptômes.

    Pascal se souvient: «Depuis le début, quand nous refaisions la genèse de nos activités, j’ai parlé d’ail des ours. Mais ce n’est que le mercredi soir ou le jeudi que la question d’un empoisonnement au colchique s’est vraiment posée. Et en effectuant de nouvelles analyses sur les tubes de sang prélevé à Monthey, cela a été confirmé.»

    Le dimanche, soit une semaine après, pour que les choses soient claires, Pascal retourne en lisière de forêt, où il a cueilli les feuilles. Le CHUV fait appel à Philippe Sauvain, jardinier botaniste au Jardin botanique de Lausanne. Un des spécialistes qui peut assister les médecins en cas de besoin. Celui-ci explique: «Pas de doute, il y avait du colchique et de l’ail des ours mélangés. Pourtant ils poussent rarement au même endroit. Le colchique aime les prairies grasses, les sols profonds, les fonds de vallon. Il pousse disséminé. L’ail des ours, lui, apparaît en tapis dans les hêtraies, les sols riches, il est plutôt forestier. Mais ils peuvent se rencontrer, se chevaucher lorsque leurs deux territoires sont proches, et c’était le cas à Bex. Le danger vient aussi du fait que le colchique est discret et méconnu au printemps, puisqu’il ne fleurit qu’en automne.»

    Pas d’antidote

    Il n’y a pas de traitement en cas d’empoisonnement au colchique, dont l’effet principal est de stopper la reproduction naturelle des cellules. Au Tox Zentrum – Centre suisse d’information toxicologique –, à Zurich, on n’a enregistré «que» trois cas mortels depuis 1997. Mais d’autres mésaventures avec évolution plus ou moins grave.

    La doctoresse Christine Rauber-Lüthy explique: «La première chose à faire, si on a le plus petit soupçon d’empoisonnement au colchique, c’est de prendre du charbon – commercialisé sous le nom Carbovit – à haute dose. Un gramme pour chaque kilo de poids de la personne, de manière répétée. Il se lie à la colchicine et l’évacue par les selles, ce qui évite au maximum que le poison soit digéré et donc passe dans le sang. Le patient est en danger de mort, un traitement aux soins intensifs est indispensable. A Paris, un laboratoire est en phase de recherche sur un médicament, le Colchifab, un antidote, mais il n’est pas encore disponible.»

    Pas d’antidote, effectivement. Marie-Laure a bénéficié d’une prise en charge aux soins intensifs. «Des moments très difficiles, sur le fil de la vie», commente Pascal. «Elle est rentrée à la maison il y a trois jours, après deux semaines de soins intensifs. Elle a traversé courageusement beaucoup de douleurs, des hallucinations, des peurs, des dysfonctionnements, heureusement avec peu de souvenirs.

    Son organisme a supporté l’équivalent d’une chimiothérapie, il est très fatigué. Amaigrie de 25 kilos, elle remarche doucement, mais avec de l’aide.» Les spécialistes s’accordent sur une conclusion: «Marie-Laure, 46 ans, est comme miraculée.» Et Pascal de conclure ainsi: «L’ail des ours, c’est fini, ça ne vaut pas le coup! Mon épouse retrouve ses forces et ses moyens entourée de sa famille, qui l’aime très, très fort. Et la voit revenir de très, très loin.»

    24 Heures.ch


  • Commentaires

    1
    fripouille
    Mercredi 1er Mars à 16:53

    Je n'aurais mangé aucune des trois espèces car je sais qu'elles ne sont pas comestibles, et pourtant je n'ai aucune notion de botanique. Par contre, il me semble que je donnais de l'ail des ours aux lapins, il faudrait que je la voie de plus près...C'est bien de vouloir manger bio, mais un ami, ancien de l'ONF m'avait dit qu'il fallait se méfier des plantes trop basses, car des animaux auraient pu uriner dessus, et transmettre des maladies mortelles. Même les mûres, me disait-il !

    2
    Mercredi 1er Mars à 17:57

    et bien c' a a bien failli être la fin !

     Il faut toujours faire attention !

     Mais bon quand même, l' ail des ours sent l' ail !

    3
    Françoise
    Mercredi 1er Mars à 20:54

    J'ai tout perdu ,je recommence!

      Il faut être idiot sans connaissance pour consommer des herbes sans être vraiment botaniste!  ,certaines plantes sont déjà toxiques uniquement par simple contact ,la feuille de la colchique est entièrement un poison comme sa fleur  ,selon les quantités ingérée  qui ve du problème gastrique à la crise cardiaque et encore plus grave comme cette femme,20mg peuvent tuer un humain où laisser de graves séquelles , c'est seulement  au XIX siècle que avec les progrès de la chimie ils ont pu identifier  son principe actif , la Colchicine et à partir de là ce poison est aussi devenu un médicament  aujourd'hui  la Colchicine   est toujours utilisée pour traiter "la goutte" L'origine  de son nom vient de la mythologie Grecque, Colchide était la patrie d'une femme Médée ,fille d'Alès  une magicienne connue pour ses nombreux meurtes et aussi pour l'utilisation  des plantes toxiques  pour empoisonnements!

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