• Syrie : la nouvelle position d'Emmanuel Macron crée une polémique

    Syrie : la nouvelle position d'Emmanuel Macron crée une polémique

    Emmanuel Macron ne fait plus du départ de Bachar el-Assad un préalable à toute discussion en Syrie. Le président français justifie cette position par le fait qu'il n'existe pas selon lui de "successeur légitime" au président syrien. Une petite phrase qui a choqué.

    "L'époque où Macron était le leader moral du monde libre a pris fin assez rapidement, n'est-ce pas?" Cette petite phrase, lâchée sur Twitter par Kyle Orton chercheur au Centre for the Response to Radicalisation and Terrorism, basé à Londres, résume le désarroi qui demeure après les propos tenus par Emmanuel Macron sur la Syrie dans un entretien accordé jeudi à huit quotidiens européens. "Je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar était un préalable à tout. Car personne ne m'a présenté son successeur légitime!", déclare en effet le président français.

    Priorité numéro un : lutter contre les terroristes

    Sur les réseaux sociaux, chercheurs et internautes ont souvent interprété cette phrase comme un blanc-seing accordé à Bachar el-Assad pour, sinon qu'il se maintienne au pouvoir, du moins qu'il participe à la transition politique en Syrie. Cette idée n'est pourtant pas nouvelle dans la diplomatie française. Si pendant longtemps, Paris a renvoyé dos à dos terroristes de l'Etat islamique et Bachar el-Assad, la France avait légèrement infléchi sa position après les attentats de novembre 2015, faisant de la lutte contre le terrorisme une priorité. Le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Laurent Fabius, avait ainsi évoqué dès fin 2015 la possibilité d'une transition politique en présence de Bachar el-Assad. Mais la France répétait également que le président syrien ne pouvait "représenter l'avenir" d'un pays ravagé par six ans d'un conflit au bilan terrifiant - plus de 320.000 morts et des millions de réfugiés.

    Emmanuel Macron le reconnaît d'ailleurs lui-même : il s'agit d'un "aggiornamento" – une mise à jour – de sa politique dans ce dossier complexe. "Nous devons construire la sortie de Bachar el-Assad dans une transition vers un nouveau régime", disait-il en effet durant la campagne électorale. Désormais Président, il fait de la lutte contre le terrorisme sa priorité. Un argumentaire que l'on pouvait par exemple retrouver chez un François Fillon, qui justifiait d'ailleurs ainsi un dialogue avec Bachar el-Assad et un rapprochement avec Moscou.

    "Honte à la France" dit l'opposition syrienne

    Or, c'est ce que dit aujourd'hui Emmanuel Macron. "Mes lignes sont claires (…) Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiqueR, en particulier de la Russie", déclare-t-il, soulignant les discussions constructives avec Vladimir Poutine lors de son passage à Paris fin mai. On est loin des propos qu'il tenait il y a à peine quelques mois, quand il accusait le Kremlin de complicité de "crimes de guerre" lors de la reprise d'Alep. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, était d'ailleurs à Moscou mardi.

    Un revirement qui a provoqué le désarroi de l'opposition syrienne. "Ces déclarations sont surprenantes, compte tenu que la France faisait partie des quatre principaux pays réclamant le départ de 'Bachar le Chimique', a ainsi écrit sur Twitter l'une de ses figures, Khaled Khoja. Même son de cloche du côté d'Ahmed Ramadan, également membre de l'opposition : "Honte à la France, dont le dirigeant Emmanuel Macron ne considère pas Bachar comme son ennemi ou l'ennemi de l'humanité."

    Le chercheur français Bruno Tertrais souligne, lui, l'incompréhension suscitée par cet "aggiornamento".

    La résolution politique du conflit au second plan?

    La deuxième partie de la phrase prononcée par Emmanuel Macron dans cet entretien est également surprenante. Comme dit plus haut, il a déclaré : "Personne ne m'a présenté son successeur légitime." Qu'a voulu dire exactement Emmanuel Macron en parlant de "successeur légitime"? Cela signifie-t-il que le président français ne considère pas la mise en place d'un processus politique, et donc la tenue d'élections libres et démocratiques, comme une étape première et indispensable à toute résolution du conflit?

    Difficile de répondre à cette question. Mais une chose paraît certaine : le règlement politique du conflit n'apparaît plus comme étant au cœur de la doctrine française, mais davantage comme un corollaire. Si le président français affirme qu'"il faut une feuille de route diplomatique et politique", il ne s'attarde pas sur le sujet et ne cite jamais le rôle que pourrait avoir l'ONU dans ce processus, dont une résolution adoptée en 2015 constituait jusqu'à présent la référence pour un règlement du conflit.

    "Le changement de ligne est clair", analyse une source diplomatique citée par l'AFP, avant d'ajouter : "Ça fait des années qu'on dit qu'Assad doit partir et ça n'a rien donné. Diplomatiquement, rien n'avance, Genève [lieu des négociations inter-syriennes, Ndlr] ne sert pas à grand-chose... On ne peut pas continuer comme ça".

    Les lignes rouges d'Emmanuel Macron : suffisant?

    Emmanuel Macron justifie cette politique pragmatique – realpolitik disent déjà certains – par le fait que la priorité absolue est d'éviter d'avoir "un Etat failli" en Syrie. "Je ne veux pas d'un Etat failli", insiste-t-il, évoquant les exemples irakien et libyen. "La démocratie ne se fait pas de l'extérieur, sans tenir compte des peuples. La France n'a pas participé à la guerre en Irak, et elle a eu raison. Et elle s'est trompée en faisant la guerre de cette façon en Libye", dit-il encore. En agissant ainsi, le Président espère aussi replacer la France dans le jeu, en profitant notamment de l'absence de visibilité américaine.

    Pour rassurer, Emmanuel Macron a toutefois rappelé ses deux lignes rouges, déjà énoncées au côté de Vladimir Poutine à Versailles : "les armes chimiques et l'accès humanitaire", sur lesquelles il affirme qu'il sera "intraitable". Il a d'ailleurs réaffirmé que la France procéderait à des frappes si le régime syrien venait à utiliser des armes chimiques. Sur l'accès humanitaire, et son non-respect, le chef de l'Etat n'a en revanche rien dit sur la manière dont il entendait le faire respecter. Ce qui à l'heure du bilan de cette nouvelle position française dans le dossier syrien parait un peu léger.

    Le JDD

    J'estime normal de ne pas écarter Bachar el Assad du règlement de la situation en Syrie !


  • Commentaires

    1
    Vendredi 23 Juin à 17:46

    il a raison, d' abord ce ,' est pas notre affaire, ça suffit avec l' ingérence, et l' opposition à Bachar, ce sont des terroristes

    2
    fripouille
    Samedi 24 Juin à 09:14

    On dirait qu'il joue avec des pions...mais Bachar El Assad ne va pas se laisser faire !

    3
    françoise
    Samedi 24 Juin à 15:35

    Pauvre imbécile qui se veut intraitable en cas d'utilisation d'armes chimiques  contre nous ,il y aurait de fortes   représailles AH!AH! encore faudrait-il que la France en possède les moyens ,bien que nous ne soyons pas complètement démuni ils auront plutôt intérêt à viser juste!

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