• Les liaisons dangereuses entre la gendarmerie et un trafiquant d'armes

    Les liaisons dangereuses entre la gendarmerie et un trafiquant d'armes

    © PHILIPPE HUGUEN Claude Hermant,

    Le procès de Claude Hermant, figure des milieux identitaires lillois, et trafiquant d'armes, a révélé des liens étranges de cet indicateur avec gendarmes et douaniers.

    «Sidérant.» L’adjectif a échappé à Marc Trévidic, président du tribunal correctionnel de Lille, lors du procès de Claude Hermant, cet indicateur multi-cartes, figure de l’ultra-droite lilloise, jugé pour trafic d’armes. Il n’est pas le seul impliqué, mais le plus gros poisson de l’affaire. L’enquête a dénombré 470 armes importées illégalement, en provenance des pays de l’Est. Elles étaient a priori neutralisées, en vente libre sur un site Internet slovaque, normalement destinées à des collectionneurs, en fait faciles à remettre en état. Six d’entre elles, dont cinq pistolets-mitrailleurs Skorpion, ont été retrouvés auprès d’Amedy Coulibaly, après l’attentat de l’Hyper Cacher.

    L’ancien magistrat antiterroriste a dû en voir d’autres. Mais les audiences de cette semaine laissent pantois. Elles racontent en filigrane les liaisons dangereuses entretenues par les douanes et la gendarmerie avec ce personnage trouble, grand manitou des identitaires Lillois, ancien mercenaire, fondateur de la Maison flamande, qui organisait régulièrement des week-ends d’entraînement commando dans les Ardennes. Un amoureux des armes, un indic’ tout trouvé. Mauvaise pioche, la bombe Hermant leur a explosé à la figure : il reconnaît l’importation des armes, mais affirme être alors en mission d’infiltration pour la section de recherches de la gendarmerie, un appât lancé pour remonter les filières, hors de tout cadre légal. Mais avec l’attentat de l’Hyper Cacher, il aurait été lâché en rase campagne.

    Les enquêteurs de la gendarmerie, agents traitants d’Hermant, étaient dans leurs petits souliers, mercredi dernier. Le spectacle était réservé à la presse : un huis-clos partiel avait été demandé pour préserver leur anonymat. Trous de mémoire, contradictions, grands silences. Les dépositions ont un air de sauve qui peut, au fil des questions des avocats. Car au mieux, ils n’ont pas percé à jour Claude Hermant, qui a trafiqué sous leur nez ; au pire, ils ont autorisé ces livraisons, ce qu’ils démentent. L’hypothèse médiane ? Ils savaient et ont laissé faire, sans vraiment se rendre compte de l’ampleur de la contrebande.

    L’indic’ leur montre un pistolet-mitrailleur démilitarisé, ils le laissent repartir avec. «Je pensais qu’il voulait le recycler pour le paint-ball», lâche benoîtement l’un d’eux. Claude Hermant tire en effet ses revenus légaux d’une friterie, La Frite rit, installée au cœur du quartier de la fête lillois, rue Solférino, et d’un terrain de paint-ball. Dans la chambre froide de la friterie, il stockait les kalachnikov et autres pistolets-mitrailleurs, sur le terrain de paint-ball, il recevait son pote douanier, Sébastien L. À lui aussi, il présente une arme. L’autre l’essaye, Hermant le filme, à son insu. Pendant l’instruction, l’ancien mercenaire l’accusera de l’avoir achetée, ce qui vaut au fonctionnaire une mise en examen, avant de le dédouaner à la barre. Claude Hermant aime jouer au chat et à la souris.

    «Ingérable»

    Malgré tout, c’est «une source fiable», affirme encore et toujours devant les juges un gendarme. Après tout, «Claude», comme il l’appelle, est «un ancien militaire». Ton familier, tutoiement, les avocats s’étonnent. «C’est une mine aux trésors, qui avait ses entrées partout. Par exemple au port d’Anvers, plaque tournante de la contrebande de tabac», décrit l’avocat du douanier. «Mais il est ingérable.»

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    Et il y a surtout ce trou dans la chronologie de l’enquête : en mars 2014, Claude Hermant est balancé par Christophe Dubroeucq, un de ses anciens amis, vexé qu’il ait continué le trafic d’armes sans lui, et par Antoine Denevi, un employé de la friterie licencié. La PJ le place sous surveillance. Sans avertir d’ailleurs la gendarmerie que leur source est tendancieuse. Et puis ? Rien. Pourtant, entre juillet et l’automne 2014, une dizaine de commandes Internet sont passées par Hermant et sa compagne. Trévidic interroge : «Je trouve bizarre qu’on loupe des livraisons d’armes. Vous avez une explication ?» Dubroeucq : «Moi aussi, j’essaye de comprendre. Ils savaient où Claude achetait les armes, où il les remettait en état, et il était toujours dehors. S’ils ne sont pas capables d’arrêter un gars, qu’ils changent de métier.» Et il lâche : «A mon avis, il était protégé.» Ce n’est qu’en janvier 2015, après l’attentat de l’Hyper Cacher que Claude Hermant sera placé en garde à vue. Son avocat demande sa relaxe, le ministère public 10 ans de prison ferme, la peine maximale, et 150 000 euros d’amende. Le jugement sera rendu le 9 octobre prochain.

    Libération


  • Commentaires

    1
    Lundi 18 Septembre à 15:18

    Vraiment très compliqué à suivre !

    2
    fripouille
    Lundi 18 Septembre à 19:34

    Je ne me lancerai jamais dans un quelconque trafic, je ne comprends jamais rien !

    3
    Mardi 19 Septembre à 07:11

    un drôle de personnage en effet, magouilleur au possible, qui a bien berné douaniers et gendarmes

    4
    françoise
    Mardi 19 Septembre à 18:06

    Un indic donc un parfait truand à un stade où plutôt à un niveau assez haut ,et les poulets ne sont pas tous blanc-blanc puisqu'ils sont du côté de la "loi" Faites ce que je dis mais pas ce que je fais! Un sacré sac de nœuds!

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