• Ces Français sur le front face au coronavirus: "Le funéraire a peur"

    Français sur le front. Jean-Sébastien Daudin, délégué syndical UNSA, exerce le métier de chauffeur-porteur dans une grande entreprise funéraire du sud de la France. Il fait partie de ces Français en première ligne sur le front de la guerre contre le Coronavirus. Challenges entame une série à la rencontre des salariés indispensables à notre vie quotidienne. 

    Challenges -Quel est l'état d'esprit des salariés du secteur funéraire? 

     

    Jean-Sébastien Daudin - Nous avons peur. L'activité est en forte augmentation du fait de l'épidémie de coronavirus et nous avons des consignes changeantes et contradictoires de la part des autorités sanitaires et un manque cruel d'équipements de protections tels que les masques. 

    Quelles sont ces directives contradictoires? 

    Chaque entreprise s'adapte comme elle peut, car c'est bien l'employeur qui est responsable de la sécurité de ses salariés, mais le Haut Conseil de la santé publique avait d'abord recommandé de procéder à une mise en bière immédiate pour les personnes décédées des suites du Covid19, or il vient de changer d'avis. Il autorise désormais les pompes funèbres à déplacer les corps. Pour nous qui avions mis en place des process et mesures de protection  très précis, c'est compliqué de revenir en arrière. D'autant que cela semble signifier que l'on ne sait pas trop si les corps peuvent être contaminants. C'est très angoissant pour nous qui ne voulons pas apporter cette maladie dans nos foyers.

    Vous manquez de masques? 

    Oui, nous sommes en contact direct avec le virus mais comme nous ne sommes pas considérés comme des soignants nous sommes mal servis et absolument pas prioritaires dans une situation de pénurie. C'est valable pour les masques mais aussi pour les gants, les combinaisons, charlottes, sur-chaussures et visières. Quand nous intervenons à l'hôpital, le contraste est saisissant, car nous sommes encore habillés en costume-cravate au milieu de personnels en combinaison de protection. Nous sommes incontestablement des soldats en guerre contre l'épidémie mais nous avons l'impression d'être envoyés sur les plages du Débarquement de Normandie sans armes.

    Certains d'entre vous ont-ils fait valoir leur droit de retrait? 

    Je me pose la question tous les matins mais nous avons conscience que notre mission est très importante même si nos efforts ne sont pas connus du grand public. Nous ne voulons pas non plus sacrifier nos revenus. Certains collègues sont en arrêt maladie, épuisés ou malades, c'est une autre forme du droit de retrait. 

    Les relations sont-elles constructives et solidaires avec vos cadres et  employeurs? 

    Ce n'est pas toujours facile car le décalage est de plus en plus grand entre notre réalité sur le terrain, jamais très facile mais qui se dégrade beaucoup en ce moment, et une partie de l'encadrement confiné et en télétravail, coupé de notre vécu.

    Constatez-vous une forte hausse de l'activité? 

    Oui, mais ce n'est pas encore au niveau de nos collègues de la région Grand Est et de l'Île de France qui sont totalement débordés. Ici, nous avons eu des consignes pour préparer et stocker des cercueils par dizaines, en vue d'une activité accrue à partir de la fin de semaine prochaine. C'est totalement inédit car habituellement les cercueils sont fait à la demande et jamais à l'avance. 

    Combien de cas de décès par coronavirus avez-vous constaté? 

    J'ai eu quatre cas hier, deux ce matin. Mais il s'agit de personnes ayant été testées, beaucoup ne le sont pas.

    Pouvez-vous encore organiser des cérémonies pour les enterrements et crémations?

    On s'adapte au cas par cas. Car les règles d'accès aux cimetières sont différentes dans chaque commune et le nombre de personnes acceptées dans les crématoriums varie. En général on limite  à cinq personnes. On ne passe plus par l'Eglise ou alors très rarement. Dans ce contexte certains collègues acceptent souvent d'improviser un hommage rapide et informel sur un parking avec les familles, le hayon du corbillard ouvert. C'est bien triste d'en arriver là.

    Vous regrettez de ne pas remplir votre mission d'accompagnement des proches.

    C'est très difficile car c'est la noblesse de notre métier. Nous savons faire cela et nous savons combien c'est apprécié. Or aujourd'hui il nous est interdit d'avoir cette proximité avec les familles. Impossible d'aider quelqu'un à tenir debout malgré le chagrin ou de parler à l'oreille d'un veuf malentendant. On doit rester à distance. 

    Comment envisagez-vous les prochaines semaines? 

    Si l'on observe ce qui se passe en Italie et en Espagne, on voit que l'armée a dû prendre en charge le service funéraire. Ce sera sans doute une option envisageable chez nous aussi. 

    Challenges


  • Commentaires

    1
    Rakia
    Samedi 28 Mars à 15:00

    Un sale virus qui a mis à rude épreuve la noblesse de ce métier ,

    c’est bien triste ! Ça fait vraiment mal au cœur pour les familles 

    des pauvres victimes ,une grande pensée à tous ceux qui œuvrent 

    pour que ce moment dure soit une solidarité collective !

    2
    Samedi 28 Mars à 17:18

    je  suppose   qu'en  ce   moment  les  thanatopracteurs n'  exercent  pas !

     Mais  s'  ils   ne  sont   pas   soignants   ils   sont  en   effet   en   contact avec  des gens  morts   contaminés !

     Le   problème    est   le   même   que   pour les  soignants,   on  manque  de  masques

    3
    Françoise2
    Samedi 28 Mars à 18:31

    Pourquoi ne construisent t-ils pas Un Mausolée à la mémoire de tous ceux qui décèdent de cette saloperies , Tous ensemble selon les régions  ,les places commencent à manquer dans certains cimetière tous ne sont pas incinérés et pourtant cela devrait être obligatoire ! L’État devrait prendre en Charge tous ces enterrements  ,ces décès sont en partie  leur responsabilité!

      • fripouille
        Mardi 31 Mars à 12:28

        Tu as bien cerné le problème ! Ce serait à l'Etat de prendre en compte les funérailles. Je n'avais pas pensé à ce corps de métier !

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